Journal communiste amiénois
Des subventions ont été accordées à deux entreprises privées par Amiens-Métropole en décembre 2008.
CELA SERT-IL VRAIMENT À CRÉER DES EMPLOIS ?
“Depuis trop longtemps, la stratégie d’Amiens (tout particulièrement en matière de développement économique) se satisfait de la compétition territoriale internationale.”
Page 6 du projet municipal 2008-2014 de la gauche unie et solidaire
La première subvention concerne la firme Business & Decision, une entreprise qui exécute des tâches de tierce maintenance applicative comme le dit de façon mystérieuse le rapport et qui s’installera dans le nouveau quartier Gare-la-Vallée. Elle va recevoir 480 000 € par Amiens-Métropole pour la création de ce nouveau site qui devrait générer la création de 30 emplois au démarrage de l’activité en fin d’année et atteindre 120 emplois dans les trois ans. Remarquez que tout est dans le “devrait”. Où est la volonté de notre collectivité de contrôler étroitement l’utilisation qui va être faite de l’argent public ?
Livrons nous à un rapide calcul : 480 000 € / 30 emplois = 16 000 € pour un emploi créé !
Cela fait quand même cher, car rien ne dit que les 120 emplois seront créés à la fin des 3 ans. Il faut ajouter à cela les sommes accordées par la Région et le Conseil Général : 480 000 € chacun… Malgré toutes les difficultés financières, sur ces dossiers, on arrive à trouver des fonds…
La mondialisation capitaliste met les territoires en concurrence les uns avec les autres. Business & Decision a fait monter les enchères entre Nantes, Aix-en-Provence et Amiens. C’est celui qui offre le plus en terme de locaux, de bassin de recrutement et de subventions qui l’emportent. Amiens-Métropole a donc dû mettre le paquet !
En tout cas des questions essentielles méritent d’être posées au sujet de cette subvention. Comment contrôler leur véritable utilisation ? Comment savoir que l’argent donné va financer de vrais emplois et pas des contrats précaires ? Quelles sont les garanties que l’entreprise, une fois qu’elle a touché l’argent, restera bien sur place et ne partira pas pour installer son site ailleurs ?
Nous proposons que les délégués du personnel, et même les syndicats, participent au contrôle de l’utilisation des fonds. La crise financière actuelle tire une de ses origines dans l’absence de contrôle des opérations financières.
La deuxième subvention concerne la multinationale Procter & Gamble qui contrôle 23 marques différentes faisant chacune plus d’1 milliard de dollars de chiffres d’affaires. Rien que pour les lessives... Ariel, Axion, Bonux, Dash, Gama, Monsieur Propre se font concurrence entre elles sur le territoire français alors qu’elles appartiennent toutes à cette même entreprise. Cela ne peut occasionner que des gâchis financiers énormes.
En outre Procter & Gamble dépense des sommes énormes pour racheter ses concurrents. Cela grève son budget. Par conséquent cette entreprise a tendance à abandonner des activités fondamentales comme la recherche et l’innovation car les résultats y sont aléatoires... Elle fait donc appel à des fonds publics pour remplir une mission qui est strictement la sienne. Or, nous estimons que la collectivité n’a pas à prendre en charge une activité qui peut leur permettre de générer des profits considérables.
Ainsi Procter & Gamble est tellement riche qu’elle n’a pas besoin des 275 000 euros qu’Amiens-Métropole lui offre. Cette subvention l’encourage à continuer à racheter d’autres marques. Nous pensons, au contraire, qu’il faut responsabiliser les grandes entreprises. L’effort de modernisation doit reposer sur leurs propres moyens. À Amiens, Procter & Gamble a affirmé qu’elle aurait financé elle-même, de toute manière, l’agrandissement de ses locaux nécessaire au développement de son activité de recherche. Nous étions d’accord avec cette extension.
Mais quel sens y a-t-il à verser 275 000 euros sur un projet représentant un investissement total de 27,9 millions d’euros ?
Quel sens y a-t-il à aider un groupe colossal qui n’a pas besoin de l’argent d’Amiens-Métropole pour se développer ? Surtout qu’au bout du compte il se permet de licencier le secrétaire général de l’union départementale de la Somme, Christophe Saguez, en méprisant le droit du travail et le simple respect de la démocratie au sein de l’entreprise. Nous appelons à suspendre le versement des subventions jusqu’à l’annulation de la procédure de licenciement.
Pour lutter contre la crise actuelle, les collectivités, gérées par la gauche doivent mettre les dirigeants des grandes entreprises devant leurs responsabilités. De plus, les 275 000 euros qu’elles leur donnent pourraient servir à autre chose, à aider des associations, à faire baisser des tarifs pour l’accès au sport ou à la culture. Cette somme est bien plus nécessaire à la collectivité qu’à Procter & Gamble, surtout que les budgets sont de plus en plus serrés...