Journal communiste amiénois
Les bus, un véritable feuilleton à succès à Amiens SAISON 1 :
(un titre presque piqué au JDA)
“Il est nécessaire de faire circuler des autobus en centre ville pour permettre à tous une réelle accessibilité et de réaliser un réseau de transports en commun performant.”
Extrait de la page 17 du projet municipal 2008-2014 de la gauche unie et solidaire
Il ne croit qu’en la voiture, élément central et fondateur de notre liberté de déplacement, même dans les embouteillages... Il écarte donc les bus du centre-ville, d’abord de la rue des Trois Cailloux puis de la rue de Noyon. L’espace urbain se fragmente. Le centre-ville n’unifie plus la ville. Les quartiers populaires sont isolés les uns des autres. Pour venir en ville, il est nécessaire d’avoir une voiture et de payer le parking. Du coup, beaucoup d’Amiénois préfèrent se rendre dans les hypermarchés en périphérie. Le centre-ville veut les concurrencer, les imite et prend l’apparence d’une galerie marchande à ciel ouvert. Amiens commence à ressembler à toutes les autres villes de France.
SAISON 2 : la campagne électorale.
Le nombre de voyageurs baisse dramatiquement au contraire de ce qui se passe dans les autres villes. Face aux critiques de l’opposition, Gilles de Robien cherche à redorer son blason. Il veut montrer qu’il est actif en se préoccupant de l’intérêt collectif. Il regarde ce qui se passe à Paris et crée des couloirs de bus en site propre. Les bus iront plus vite, cela donnera un coup de fouet à la fréquentation. L’échec fut patent. En face du cirque, les couloirs provoquent des embouteillages aux heures de pointe à tel point que Gilles de Robien est contraint de les supprimer dans la nuit, entre les deux tours des élections municipales. Malgré ses airs d’aristocrate sûr de lui, son approche des transports publics manquait de sérieux. Il voulait juste impressionner l’opinion publique en faisant des coups de théâtre inattendus. Enfin, il perd les élections à cause notamment de la disparition des bus du centre-ville.
SAISON 3 : La promesse du retour immédiat des bus en centre-ville.
C’est avec cette promesse emblématique que Gilles Demailly est élu maire. Cela répondait aux besoins de la population. Tout un ensemble d’usagers dépendant du transport par bus (les jeunes, les personnes âgées...) veut pouvoir se déplacer au mieux de leur quartier vers le centre-ville, d’un quartier à un autre et pour aller travailler. Pour rejoindre le centre-ville, qu’est-ce que Gilles de Robien leur proposait ?
La navette du 8 qui impose à l’usager de descendre à la limite du centre-ville pour perdre encore du temps à attendre ce mini-bus, assez boudé d’ailleurs... Les usagers ne veulent pas d’une interruption dans leur parcours... Le constat est fait, cela ne marche pas. Alors ?
Il existe bien des scénarios : le passage des bus par la rue des Jacobins et la rue des Otages, puis la réouverture de la rue de Noyon aux bus. L’espace piétonnier ne doit pas forcément être entièrement fermé aux bus... Tout cela semble bien simple. Hé bien, non. Rien. Gilles Demailly ne semble pas aimer les bus non plus. Cela perturberait la circulation dans la rue des Jacobins, cela imposerait une baisse de la vitesse commerciale et des frais de personnel en plus... Finalement Gilles de Robien avait raison de supprimer les bus du centre-ville !
SAISON 4 : En cours de tournage...
Pour le moment, les services municipaux font des études. Ils dressent des tableaux statistiques, interrogent, examinent s’il y a des travaux à faire... Comme les bilans disent ce qu’on veut bien leur faire dire, on n’est pas sûr de revoir un jour les bus en centre-ville. Ce qui est sûr, c’est que la société d’économie mixte a disparu. La SEMTA alliée à VEOLIA a dû laisser sa place à une entreprise entièrement privée : la Corporation française des Transports (CFT). Ce n’est pas de cette manière que la municipalité va reprendre la maîtrise du réseau, au contraire. Avec un peu de volonté politique, elle aurait pu remettre en cause la délégation de service public. En effet, il est absurde de confier un service public à une entreprise privée qui a tout de même pour but de faire des profits. La maîtrise publique des transports permet de conserver des lignes déficitaires mais utiles aux usagers. Elles remplissent une fonction sociale et environnementale qui les rendent indispensables. Il suffit donc de reporter sur elles les bénéfices réalisées sur les lignes rentables. Le secteur privé est incapable d’agir ainsi : tout doit générer de l’argent. La CFT compte par exemple économiser sur l’entretien des bus. Les salariés verront sans doute leur contrat renégocié dans 15 mois et, vu le peu de capitaux de la CFT, on peut craindre une réduction du personnel.
D’autre part les services rendus par la CFT à Narbonne, Perpignan et Antibes n’ont pas satisfait ces collectivités : elles ne renouvellent pas leur contrat avec elle ou les écourtent.
Nous proposons un autre scénario : les bus reviennent en centre-ville. Ensuite, à la fin des 3 ans de la délégation de service public confiée à la CFT, la mairie reprend en régie directe la gestion des bus. Cela se fait dans certaines collectivités comme à Toulouse.
Ce n’est donc pas une utopie. Le tout est de se mettre au travail dès maintenant pour embaucher des techniciens capables de commander du matériel ainsi que de préparer les cadres juridiques de cette future gestion.
Au départ les investissements seront importants mais, sur le long terme, cela sera plus rentable car il n’y aura plus d’intermédiaires, et les usagers auront des lignes de bus répondant à leurs besoins. On pourra même envisager de mettre en place la gratuité des transports en commun comme à Aubagne, au Mans, à Châteauroux ou à Clermont-Ferrand. Cela seul peut relancer l’attrait pour le bus, contrairement à des projets tape-à-l’œil de mini-tram “high-tech” que l’on tente aujourd’hui de nous faire admirer comme une solution miracle.