Journal communiste amiénois
Le 28 mai 2009, Amiens-Métropole a confié, pour une durée de 5 ans, le traitement des eaux usées de 7 communes de la Métropole (Blangy-Tronville, Boves, Glisy, Longueau, Sains en Amiénois, Saint-Fuscien, Thézy-Glimont) à la Nantaise des eaux. Toutes étaient en régie directe sauf Longueau qui avait déjà confié ce service à la Lyonnaise des eaux.
L’équipe dirigeante de notre collectivité a réalisé ce que G. de Robien avait décidé en février 2008 : recourir à une délégation de service public. Habilement il faisait ainsi entrer le cheval de Troie de la marchandisation de l’eau à Amiens.
Un principe
Rappelons un principe fondamental : l’eau n’est pas une marchandise. Elle est indispensable à la vie comme l’air. Même les États-Unis, pays à la pointe du libéralisme, le savent. L’eau y est entièrement sous la responsabilité des municipalités, de sa captation jusqu’à son traitement après utilisation. On utilise l’eau, on ne la consomme pas. Elle s’inscrit dans un cycle : les eaux usées ne vont pas à la décharge, elles reviennent sans cesse vers nous. Il ne peut pas y avoir de concurrence sur l’eau. On ne peut tout de même pas dire : «L’eau que je traite est plus propre que celle traitée par mon concurrent !» L’eau est propre ou elle ne l’est pas. Et comme elle est indispensable à la vie, celui qui la contrôle bénéficie d’une rente quasiment éternelle, ce qui est contraire au principe de l’économie de marché.
Une privatisation contestée
La France est parmi les premiers pays à avoir fait de l’eau une marchandise. Mais des municipalités de gauche comme Bastia ou Cherbourg ont remunicipalisé l’eau. À Amiens, nous sommes aussi à gauche mais on commence par faire l’inverse !
D’autre part beaucoup de gens se plaignent de l’opacité des factures voire de pratiques de surfacturation une fois que la gestion de l’eau est confiée au privé. Ils déplorent aussi des pratiques dommageables pour l’environnement. Ainsi, il y a 4 ans, à Dieppe, une entreprise de traitement des eaux n’a pas hésité à vider un bassin d’épuration dans la nature pour éviter que l’on prouve que les eaux étaient contaminées par la légionnelle et que leur traitement était inefficace...
L’eau mise à profit
La Nantaise des eaux va nous rendre un service mais elle doit aussi rémunérer ses actionnaires. Les prix ne peuvent donc qu’augmenter puisque dans le cadre d’une régie directe, on ne payait que le service rendu. Le rapport de la commission examinant les offres des entreprises nous dit que seule la Nantaise des eaux parvient à un prix du m3 d’eau inférieure à la régie directe. Les autres firmes n’arrivent pas à réaliser cet exploit. Sans doute sont-elles réalistes... Si elles ne proposent pas un prix inférieur c’est qu’elles savent qu’il faudra nécessairement économiser au détriment de la qualité du service rendu. Cela se soldera par une pression sur le personnel : on embauchera un minimum et on fera tout pour comprimer les salaires.
La Nantaise des eaux a fortement baissé ses prix pour emporter le marché face à ses concurrents. Selon le rapport de la commission de délégation de service public la qualité de l’offre présentée par la Nantaise des eaux a une note de 6,5 sur 8, la moins bonne note de tous les candidats. En négligeant le service elle parvient à obtenir la note maximale sur le prix contractuel : 15 sur 15
La Nantaise des eaux
La Nantaise des eaux est une PME qui a environ 200 salariés et qui enregistrait 100 000 € de perte en 2006. Elle a dû faire appel à des capitaux allemands en juin 2007. Ainsi elle dépend maintenant à 60 % du groupe allemand Gelsenwasser qui développe une stratégie agressive pour s’implanter en France face à des grandes firmes comme la Lyonnaise des eaux ou la SAUR. Ce qui compte donc, ce n’est pas de rendre un service à une collectivité mais de s’emparer de marchés pour que les autres ne se développent pas. La Nantaise des eaux est donc une entreprise périphérique dont Gelsenwasser se séparerait au moindre problème. A-t-on bien mesuré les conséquences de cette délégation ?
La petite équipe dirigeante d’Amiens-Métropole a donc choisi la voie de la facilité. Elle croit même soulager les salariés du service des eaux qui n’ont pas vu leur nombre augmenter alors que, depuis 10 ans, leur travail ne fait que s’accroître à cause de l’intégration de nouvelles communes dans la Métropole. En somme, elle préfère privatiser plutôt que de créer des emplois.