Journal communiste amiénois
Le 11 juin 2009, les salariés de Goodyear sont allés manifester à Rueil-Malmaison, un des sièges sociaux de la multinationale, pour protester contre le projet de licenciement de 817 d’entre eux. Les gendarmes mobiles, défendant les abords du donjon, ont essuyé des jets divers : œufs, lait, crème, farine, tomates… des ingrédients indispensables à l’élaboration d’une recette destinée à défendre leur emploi.
À l’occasion de cette manifestation, nous avons rencontré Françoise Maréchal, représentante CGT aux comités central et européen de VALEO. Nous avons mené l’entretien suivant entrecoupé par les sons sourds des cornes de brume dans une ambiance mêlant la fête à la révolte.
Entretien
Chez Goodyear, les ouvriers luttent depuis des années, mais qu’en est-il chez Valeo, une autre grande entreprise de la zone industrielle amiénoise ?
En ce moment, Valeo emploie 984 personnes mais il faut savoir que l’usine a atteint un maximum de 3 000 salariés il y a 10 ans. La direction a utilisé en partie le plan amiante pour réduire le personnel. Ce plan permet de partir en pré-retraite à 53 ans avec une bonne prise en charge. Cela représente 46 personnes par an sur 10 ans. L’amiante était dans l’outillage ancien… La direction a utilisé ce plan pour réduire de façon assez commode le nombre d’emplois.
Il y eu une grève chez VALEO du 16 au 19 avril 2009, quelles sont les raisons de cette grève ?
Nous nous sommes opposés au plan qui prévoit de licencier 63 salariés appartenant au personnel des bureaux : les blouses blanches. Normalement 2/3 du personnel travaillent à la production, le reste ce sont les blouses blanches. Or, nous sommes partagés moitié production, moitié personnel de bureau car les suppressions d’emplois ont surtout touché la production. Ce sont donc les blouses blanches qui subissent ces licenciements. Les départs ont lieu en juillet 2009 :
seulement 10 sont «volontaires». Sinon VALEO licencie par petits bouts, c’est plus indolore.
Comment s’est passée cette grève ?
C’était difficile. Nous avons 3 piquets de grève à tenir. Si on ne bloque pas toutes les 3 entrées de la boîte, cela ne marche pas… En plus, la direction a remonté les blouses blanches contre nous. Elle a monté une partie du personnel, victime des licenciements, contre les grévistes. Heureusement que nous avons eu le renfort des copains de Goodyear.
Mais un des enseignements de la grève, c’est qu’elle a bloqué la chaîne de montage à Sandouville. En 24 heures, il n’y avait plus de production. Comme c’était une grève surprise, la direction n’a pas pu faire de stock avant, comme d’habitude. Il ne faut plus faire de grève d’une journée. La grève, pour être efficace, doit bloquer la production. Notre principale difficulté est de construire la solidarité entre tous les salariés.
On parle sans arrêt de la crise pour justifier les licenciements dans le secteur automobile, c’est un argument valable ?
La direction a viré les intérimaires fin 2008. On a connu 1 seule journée de chômage partiel en janvier 2009. En fait, il y a des commandes. Ils ont même fait venir 60 à 80 personnes d’Abbeville en plus. Les intérimaires reviennent maintenant et on voit le retour des heures supplémentaires. Le site ne ferme que 15 jours en été. Le but est toujours de délocaliser la production. Cela ne concerne pour le moment que le bas de gamme, il n’est pas encore rentable de délocaliser les produits plus sophistiqués. La crise est un prétexte. Valeo a des usines en Chine, en Inde et en Tunisie. Le responsable des ressources humaines gère à la fois l’usine d’Amiens et celle implantée en Tunisie. En France, les investissements baissent constamment.
En ce qui concerne les subventions, est-ce que VALEO touche de l’argent public ?
Oui, Valeo a reçu de l’argent de la Région et de l’Union Européenne pour faire le centre de recherche et créer 130 emplois. Seulement sur les 85 créations affectées au centre de recherche, les ¾ viennent de la région parisienne. Le recrutement n’a rien eu de local. Quand la direction a demandé de nouvelles subventions pour la construction d’un nouveau banc d’essai, la Région a refusé car elle suit l’évolution de l’entreprise en se renseignant auprès des élus syndicaux. De plus le centre de recherche quand il a été créé il y a 10 ans a bénéficié de la zone franche.
De quel œil la direction de Valeo voit-elle tes activités ?
À cause de mon engagement syndical, je suis mise au placard. Je suis assistante de direction, bilingue, et pourtant on me demande juste de faire des photocopies et quelques tâches sans intérêts. Heureusement que je suis conseillère aux prudhommes. Par exemple, la direction de Goodyear a pris des photos lors d’un piquet de grève. Il y avait un feu de palettes. Éh bien, la direction a accusé un ouvrier de vol de palettes ! Elle l’a sanctionné par un licenciement sans avoir l’autorisation de l’inspection du travail. Le tribunal prudhommal a condamné Goodyear à lui payer 50 000 € d’indemnités. Cette firme ne respecte pas le droit du travail et cherche sans arrêt à faire taire la contestation.