Journal communiste amiénois
Nouveau feuilleton à succès que vous ne trouverez jamais dans le JDA.
Saison 1 : la journée des dupes
Tout a commencé le 25 septembre 2008. Ce jour-là, une délibération faussement anodine est présentée au conseil municipal. Elle portait pour titre : “Autorisation donnée au Maire pour signer des marchés”. La décision de confier pour 1,4 millions d’euros par an l’exploitation des parkings souterrains à la Société d’assistance et de gestion du stationnement (SAGS) est présentée entre le remplacement d’une toiture en zinc et la restauration d’une façade. Il aurait fallu faire preuve d’une sacrée méfiance pour débusquer cette question très politique au milieu de décisions purement techniques… Surtout que le maire annonçait la fin de la délégation de service public confiée à Vinci. Les conseillers municipaux, les usagers comme les salariés de Vinci croyaient à un passage en régie directe. Il n’y aurait donc plus d’entreprises qui feraient des profits en faisant payer ses services à la fois aux usagers et à la mairie. Bonne nouvelle, en somme…
Intermède : les tarifs augmentent pour réduire l’utilisation de la voiture ?
Le prix des parkings souterrains augmente de 10 % en moyenne au 1er janvier 2009 pour décourager la venue des voitures en ville, nous dit-on. Cet argument n’est valable que si l’on offre, au préalable, d’autres moyens de transport : des bus qui viennent en centre-ville, de vraies pistes cyclables, des parcs relais… En fait, les parkings sont réduits à la seule mission de remplir les caisses de la municipalité. Dans cette logique, on aurait tout intérêt à en construire de nouveaux, ce qui attirerait encore plus de voitures et nuirait au développement des autres moyens de transport… L’augmentation des tarifs conforte donc le cercle vicieux.
Saison 2 : l’entrée en scène de la SAGS : les conditions de travail deviennent insupportables.
Avec la SAGS, les salariés perdent beaucoup : la prise en charge de leur mutuelle, les primes aux résultats et une participation aux bénéfices, soit environ 1700 € en moins par an. Cette firme a peu de capitaux (elle a entre 100 et 120 salariés) et elle veut concurrencer Vinci… Les conséquences sont évidentes : elle économise sur les salaires et le service dû aux usagers. Ainsi il n’y a plus d’auto-laveuses, quand une salariée en réclame une pour le nettoyage, sa direction lui répond : “De toute façon, vous ne vous en serviez pas !” Par contre, on lui offre un beau balai acheté à la Foir’fouille… Les machines de paiement sont mal réglées. Une autre employée a subi pendant un 1/4 d’heure les récriminations d’un usager qui n’avait pas eu ses 9 € de monnaie. Elle a bien tenté d’appeler un cadre mais rien… Livrée à elle-même, elle doit assumer une responsabilité qui n’est pas la sienne. Les abonnés n’ont pas de cartes. La formation n’existe plus et la SAGS poste quelqu’un sans rien lui expliquer de son rôle ! Cette désorganisation totale a abouti au départ de 2 salariés complètement découragés.
Saison 3 : la première alerte.
Une grève se prépare. La Mairie est au courant. Le Courrier Picard s’en fait l’écho. Rien, sauf que l’adjointe en charge des stationnements met sur le même plan salariés et direction! La grève commence et ne dure que 2 jours car, tout de suite, sous l’arbitrage de la Mairie, la SAGS s’engage à améliorer les conditions de travail et à signer enfin les contrats de travail... Le conflit s’explique, selon le Maire, par la mauvaise volonté de Vinci à passer le relais à la SAGS, exonérée ainsi de toute responsabilité...
Saison 4 : La deuxième grève commence le 2 mars.
Les salariés, qui n’avaient jamais fait grève jusque là, se sont organisés au sein de la CFTC. La grève reprend parce qu’aucun des engagements pris précédemment n’a été respecté par la SAGS. En compagnie du délégué syndical et de la direction, l’adjointe au stationnement, mal à l’aise, visite les parkings pour faire le point sur le respect du cahier des charges. Le même jour, une grève a commencé à Besançon. Là-bas aussi, la SAGS rabote les salaires et néglige le nettoyage des parkings et la maintenance des machines.
Épisode indispensable dans toute série digne de ce nom : le procès.
Plutôt que de respecter ses engagements, la SAGS attaque en référé les grévistes pour blocage des entrées des parkings. L’accès étant libre, les usagers ne paient pas leur stationnement, c’est tout. La présidente du tribunal ne comprend pas la démarche. Une grève entraîne forcément des pertes financières. Cela gêne la SAGS qui ose, dans le même temps, embaucher des intérimaires pour casser la grève. Après le duel d’avocats, la direction est condamnée à verser 1000 € aux grévistes pour procédure abusive. La tentative d’intimidation a échoué.
Saison 5 : L’irruption de la grève au conseil municipal du 12 mars.
L’équipe de l’Aube Nouvelle est favorable à ce que la gestion des parkings soit exercée par la Mairie car, ainsi, la qualité du service public sera sous la responsabilité directe des élus qui en cas de problème ne pourront pas se défausser sur un quelconque prestataire. Les salariés de la SAGS deviendraient ainsi des agents municipaux.
La droite y est opposée comme le maire.
Un jeudi soir, en plein conseil municipal, les grévistes brandissent des affiches demandant un service public de qualité à une majorité de gauche. Le monde à l’envers ! Et la droite qui se réjouit...
Saison 6 : La fin du conflit.
Les grévistes ont le soutien des usagers qui leur ont fait plus de 5 000 € de dons. La Mairie a perdu, sur un mois, entre 150 000 et 200 000 €, sans doute plus que ce qu’elle espérait économiser en donnant le marché à la SAGS.
Fin mars le conflit est en plein pourrissement. Les salariés subissent la pression de la Mairie qui veut leur faire cesser la grève en leur affirmant qu’une autre entreprise ne les reprendrait pas... Mais il leur est impossible d’arrêter le mouvement car le but de leur direction est de les pousser dehors pour les remplacer par des étudiants ou des retraités sur des contrats précaires…
Puis, soudain, après 31 jours de grève, un accord est trouvé. La Préfecture menaçait de fermer les parkings car la sécurité n’y était plus garantie, cela aurait pris des mois pour les rouvrir… La Mairie n’a plus le choix : elle accepte de rompre le marché avec la SAGS et d’investir dans du matériel d’entretien.
Morale de l’histoire
Être de gauche, ce n’est pas simplement une question d’étiquette sur un emballage électoral, c’est surtout faire preuve de volonté politique pour arrêter la privatisation des services municipaux (bus, nettoyage, gestion du Zénith...). Il s’agit au contraire de s’assurer de leur maîtrise via une régie directe. Quant aux appels d’offres, il est indispensable d’y intégrer des critères sociaux pour garantir aux salariés des conditions de travail optimales, cela évitera la pratique du dumping social.